Utøya est une petite île située dans le lac Tyrifjorden, à environ 35 kilomètres au nord-ouest d'Oslo. Depuis 1950, elle appartient à la Ligue de la jeunesse ouvrière (AUF), la branche jeunesse du Parti travailliste norvégien. Pendant des décennies, l’île a accueilli des camps d’été annuels où des jeunes se réunissaient pour discuter de politique et des valeurs démocratiques. Selon l’ancien Premier ministre Jens Stoltenberg, Utøya a été l’un des lieux les plus influents de l’histoire politique norvégienne.
Le 22 juillet 2011, cette île paisible a été le théâtre de l'attentat le plus meurtrier que la Norvège ait connu depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les attentats
La journée a commencé à Oslo. À 15 h 25, une voiture piégée a explosé dans le Regjeringskvartalet, le quartier gouvernemental, à côté du bâtiment abritant le bureau du Premier ministre. Huit personnes ont été tuées et plus de 200 blessées.
Moins de deux heures plus tard, l’agresseur est arrivé à l’embarcadère du ferry desservant Utøya. Vêtu d’un uniforme de policier et muni de faux papiers d’identité, il est monté à bord du ferry, prétendant effectuer un contrôle de sécurité à la suite de l’attentat d’Oslo. Environ 560 jeunes participaient ce jour-là au camp d’été de l’AUF.
Le premier coup de feu a été tiré à 17 h 22. Pendant 72 minutes, l’agresseur a parcouru systématiquement la petite île. De nombreux jeunes se sont jetés dans les eaux froides du lac, où des habitants de la région ont risqué leur vie à bord de bateaux pour les secourir. Au moment où la police a appréhendé l’agresseur, 69 personnes avaient été tuées sur Utøya, pour la plupart des adolescents. Si l’on ajoute à ce chiffre les victimes de l’attentat à la bombe d’Oslo, le bilan total s’élevait à 77 morts.
La réaction
La réponse de la Norvège a mis l’accent sur l’ouverture plutôt que sur les représailles. Les paroles du Premier ministre Jens Stoltenberg ont défini l’approche de la nation : « Notre réponse, c’est plus de démocratie, plus d’ouverture, mais pas de naïveté. »
Le Parlement s’est réuni en session extraordinaire le 1er août, en présence du roi et du prince héritier. Les noms des 77 victimes ont été lus à haute voix. L’auteur des attentats a été jugé en 2012, reconnu coupable de terrorisme et condamné à 21 ans de prison, peine pouvant être prolongée indéfiniment.
Un processus de commémoration difficile
La création de mémoriaux nationaux s’est avérée extrêmement difficile et a pris plus d’une décennie.
En 2014, le projet « Memory Wound » de l’artiste suédois Jonas Dahlberg a remporté un concours international. Le concept était radical : un canal serait creusé à travers la péninsule face à Utøya, créant ainsi une blessure permanente dans le paysage. Le projet a été salué à l’échelle internationale, mais s’est heurté à une farouche opposition locale. Des habitants ont intenté des actions en justice pour faire cesser la construction.
En 2017, le gouvernement a abandonné ce projet et a déplacé le mémorial à Utøykaia, l’embarcadère du ferry où l’auteur des attentats avait embarqué. Même ce compromis a fait l’objet de recours judiciaires. Une décision de justice rendue en 2021 a finalement permis à la construction de se poursuivre. Le mémorial national a été inauguré le 18 juin 2022, près de 11 ans après les attentats. Il se compose de 77 colonnes en bronze, une pour chaque victime, disposées le long d’un escalier en pierre s’avançant dans l’eau.
Utøya aujourd’hui
L’AUF a dû prendre des décisions difficiles concernant l’avenir de l’île. Après quatre ans de discussions avec les familles des victimes, l’organisation a décidé d’y revenir pour le camp d’été de 2015. De nouveaux bâtiments ont été construits afin de renforcer le rôle de l’île à la fois en tant que site commémoratif et centre éducatif promouvant la démocratie.
Le Hegnhuset, qui signifie « maison de la protection », a été construit autour de la cafétéria avec 69 piliers représentant les victimes et 495 planches représentant les survivants. Un mémorial appelé Lysningen, « La Clairière », comporte un anneau en acier sur lequel sont gravés les noms des victimes, suspendu aux arbres au point culminant de l’île.
Comme l’indique aujourd’hui le message affiché sur l’île : les visiteurs arrivent dans « un lieu à l’esprit inébranlable, un lieu qui n’oublie jamais, et un lieu où les nouvelles générations peuvent perpétuer les idéaux qui ont été attaqués ».
Le quartier du gouvernement
À Oslo, la reconstruction du Regjeringskvartalet a constitué un chantier de grande envergure. La première phase, comprenant la construction de nouveaux bâtiments et la réhabilitation de la tour principale, devrait s’achever en 2025-2026. La deuxième phase est prévue pour 2029-2030. Plus de 14 ans après les attentats, la reconstruction physique du quartier du gouvernement norvégien se poursuit.
Un mémorial national permanent dédié au quartier du gouvernement a été choisi en avril 2025 ; il sera installé une fois la reconstruction achevée.